Koren Gallery - Philippe Hiquily : Les « Anthropomorphes » une série fondatrice
Philippe Hiquily, formé aux Beaux-Arts de Paris, développe très tôt une attirance pour les matériaux industriels. Il privilégie le métal, qu’il travaille de manière directe, sans détour ni effets superflus. Cette approche lui permet de s’éloigner de la tradition académique et d’explorer un territoire plus instinctif.
Ses recherches s’appuient sur plusieurs influences. L’art cycladique, l’archéologie, ainsi que les formes archaïques observées au musée de l’Homme nourrissent son imaginaire. Il en retient la pureté des lignes, la frontalité des silhouettes et l’économie de moyens. À partir de ces références, il entreprend de construire une figure humaine réduite à l’essentiel. C’est de cette exploration que naît la série des « Anthropomorphes », qui deviendra l’un des fondements de son œuvre.
Motifs récurrents : jambes, torses et silhouettes découpées
Les « Anthropomorphes » se reconnaissent immédiatement. Leurs jambes sont souvent longues, fuselées, presque graphiques. Les torses, quant à eux, apparaissent simplifiés, tendus vers la verticalité. L’artiste privilégie les découpes nettes, parfois obtenues à partir de tôles plates découpées puis assemblées.
Ces silhouettes possèdent une présence énigmatique. Leur dépouillement formel retire toute anecdote pour mieux révéler une figure universelle. Leur structure rappelle parfois une armature, parfois un totem. Le corps humain n’est plus représenté dans son réalisme mais dans une synthèse. Cette stylisation devient la signature de la série.
Lecture symbolique : entre mécanique et sensualité
Philippe Hiquily
La Traviata, 1991
Bronze patiné
75,5 x 110 x 25 cm
Les « Anthropomorphes » expriment une tension constante entre mécanique et sensualité. Le métal, froid et rigoureux, sert de support à une forme souvent féminine. Hiquily parvient à faire cohabiter la dureté du matériau et une ligne souple, presque tactile. Cette alliance crée un contraste fort, où la sensualité se mêle à une dimension plus structurelle.
L’artiste propose ainsi une réflexion sur le rapport entre l’humain et la matière. Ses figures semblent animées de forces internes, comme si le métal devenait vivant. Cette ambiguïté renforce la puissance symbolique de la série.
Variations et évolutions dans le temps
Au fil des décennies, Hiquily explore de nombreuses déclinaisons de ses « Anthropomorphes ». Certains prennent la forme de sculptures autonomes, d’autres se transforment en luminaires ou en pièces de mobilier. Le métal change également : fer, laiton, bronze. Chaque matériau apporte une nuance différente, mais la cohérence formelle demeure.
Ses silhouettes s’étirent, se raffinent, parfois se monumentalissent. Malgré ces évolutions, la série conserve sa logique interne : un corps réduit à sa structure essentielle, une verticalité affirmée, un équilibre entre sensualité et rigueur.
