Warren Levy art - Hans Hartung : le geste comme écriture plastique
Hans Hartung (1904–1989) est l’un des artistes majeurs de l’abstraction lyrique. Son œuvre repose sur une idée forte : le geste est un langage. Chez lui, chaque tracé, chaque mouvement devient une manière d’exprimer une émotion profonde. Il ne cherche pas à représenter, mais à traduire une tension intérieure, une pulsion.
Très tôt, Hartung s’éloigne de la figuration. Il préfère un art libre, spontané. Le geste rapide, parfois violent, guide ses compositions. Il ne copie pas la réalité : il la ressent, puis la transmet sur la toile. Son approche est à la fois physique et méditative.
Des outils multiples pour une écriture singulière
Hans Hartung, T1975 H46, 1975.
Courtesy Mazzoleni, London Torino
Hartung ne se limite pas au pinceau classique. Il utilise des rouleaux, des brosses, des pulvérisateurs, et même des outils improvisés comme des branches ou des peignes. Le « pinceau rapide », qu’il manie avec énergie, laisse des traces dynamiques. Ces lignes, souvent noires, s’élancent sur des fonds préparés avec soin.
Dans les années 1960, il explore le grattage. Ce procédé consiste à retirer la matière pour révéler des couches inférieures. Ce geste soustractif donne de la profondeur. Il introduit aussi une forme de silence dans la composition. Le vide devient aussi expressif que la trace.
Un geste entre Orient et Occident
Le geste chez Hartung évoque souvent la calligraphie. Comme dans la tradition chinoise ou japonaise, chaque tracé semble contenir une énergie intérieure. Il ne s’agit pas d’improviser, mais de canaliser une force. Cette analogie avec l’Orient renforce l’universalité de son langage.
En France, Hartung participe à l’émergence du tachisme et de l’abstraction lyrique. Avec Georges Mathieu ou Pierre Soulages, il défend une peinture directe, instinctive. Contrairement à l’action painting américain, plus théâtral, sa démarche reste introspective. Le geste n’est jamais gratuit. Il est toujours porteur de sens.
Une écriture de l’âme
Hans Hartung, T1966-K40, 1966
Pour Hans Hartung, peindre, c’est écrire avec le corps. Chaque mouvement devient une phrase, chaque œuvre un poème visuel. Ce langage du geste touche à l’universel. Il traverse les frontières culturelles et parle directement à la sensibilité.
